Notre approche du développement au Cameroun
Intégrée, portée par les communautés et conçue pour survivre à notre propre intervention. Ce que cela signifie concrètement, et ce que nous refusons de faire.
Intégrée, et non cloisonnée
Les obstacles auxquels se heurtent les femmes et les filles au Cameroun se renforcent les uns les autres : nous déployons donc nos sept piliers programmatiques comme un seul système. Une survivante de violences qui bénéficie d'un accompagnement psychologique, mais d'aucune voie vers un revenu autonome, retourne fréquemment dans le foyer qu'elle avait fui. Une fille réinscrite à l'école grâce à une bourse abandonne de nouveau si cette école n'a ni eau, ni latrines, ni aucun moyen pour elle de gérer ses menstruations dans la dignité.
Traiter ces réalités comme des secteurs distincts produit des interventions qui paraissent réussies au regard de leurs propres indicateurs et qui échouent sur le terrain. L'orientation entre nos piliers est prévue dès la conception.
Portée par les communautés, en un sens précis
L'appropriation communautaire est facile à revendiquer et plus difficile à mettre en œuvre. Pour nous, elle recouvre trois engagements concrets.
- Les priorités sont définies au moyen d'évaluations participatives des besoins menées avec les communautés, et non à leur sujet.
- Les critères de sélection des personnes qu'un programme atteindra sont appliqués de manière transparente, afin que les décisions soient comprises et reconnues localement.
- Les communautés prennent connaissance des constats qui les concernent avant tout public extérieur.
Conçue pour nous survivre
Le critère que nous appliquons à chaque intervention est simple : cela fonctionnerait-il encore deux ans après la fin de notre financement ? Un forage est remis à un comité formé, avec un plan de maintenance, une filière d'approvisionnement en pièces et un mécanisme de financement. Un groupe d'épargne reçoit l'éducation financière nécessaire pour continuer sans nous. Un circuit d'orientation repose sur des relations entre formations sanitaires, structures d'aide juridique et services sociaux qui existent indépendamment de notre présence.
« Ne pas nuire » comme méthode de travail
L'action de développement peut nuire, même animée des meilleures intentions. Introduire un revenu dans un foyer peut y provoquer des conflits. Identifier une survivante peut l'exposer. Construire un point d'eau au mauvais endroit peut raviver un litige existant. Le principe « Ne pas nuire » nous impose d'évaluer ces risques avec les participants avant d'agir, et il s'applique à l'ensemble de notre engagement communautaire et de notre programmation, et non aux seuls cas où le risque paraît évident.
L'ordre des interventions
L'ordre compte autant que le contenu. Un capital accordé avant les compétences tend à être consommé plutôt qu'investi. Une sensibilisation menée sans services accessibles suscite des attentes impossibles à satisfaire. Une recherche conduite avant qu'une relation de confiance n'existe ne recueille que des réponses prudentes. Nous séquençons délibérément nos interventions, et nous préférons faire moins, plus tard, plutôt que d'agir dans un ordre qui gaspillerait le temps d'une communauté.
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